Programme Caribou, un milieu stimulant pour les enfants autistes

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Dans le cadre de mon DESS en intervention comportementale auprès des personnes avec un trouble envahissant du développement (TED), j’ai dû effectuer un stage de trois mois dans un milieu d’intervention avec cette clientèle. J’ai alors choisi le Programme Caribou, et je souhaite parler aujourd’hui de son approche globale et de la diversité des interventions qu’il propose.

Fonctionnement

Le Programme Caribou est un organisme à but non lucratif qui accueille des enfants de 2 à 6 ans avec un TSA. Il s’agit d’un établissement de jour où les enfants peuvent être admis en matinée, en après-midi ou toute la journée, du lundi au vendredi. Il fonctionne donc comme une garderie ; les parents les déposent le matin et viennent les chercher en fin d’après-midi. Durant la journée, les enfants bénéficient d’une stimulation intensive de la part des thérapeutes. Ils sont encouragés à développer leurs compétences cognitives, sociales, langagières, mais aussi de communication, de jeu et d’adaptation.

L’objectif principal du Programme Caribou est donc de faire évoluer les enfants dès leur plus jeune âge et de développer leur plein potentiel à travers des activités de jeu libre, de jeu avec l’adulte, d’activités de groupe, d’enseignement, de travaux autonomes et de demandes lors de la collation. Le but est aussi de préparer les enfants d’âge préscolaire à une éventuelle entrée à l’école. Ainsi, la routine de la journée permet d’aborder tous les aspects de la vie de l’enfant pouvant être problématiques comme les transitions, l’autonomie ou les demandes.

Pour cela, diverses approches sont utilisées pour répondre aux besoins spécifiques de chaque enfant : le modèle TEACCH (Treatment and Education of Autistic and related Communication Handicapped Children), l’analyse appliqué du comportement (ABA) pour l’enseignement, le PECS (Picture Exchange Communication System) pour la communication lors de la collation ou du jeu, et le modèle de Denver (ESDM) dans la salle de jeu, ou pour les enfants plus jeunes ou de bas niveau. Le programme s’adapte donc à chaque enfant en fonction de ses besoins et de ses résultats à l’outil d’évaluation PEP-3, il obtient un plan d’interventions avec des objectifs d’enseignements, de communication à l’aide du PECS selon son niveau et des objectifs de jeu et de socialisation dans la salle de jeu.

Le fait que les enfants se retrouvent en groupe (en moyenne 5 à 8 enfants par jour) leur permet d’expérimenter le jeu en parallèle, le partage et le tour de rôle. Le travail des thérapeutes est alors de les encourager à appliquer les règles sociales appropriées entre eux et de les amener à avoir du plaisir à jouer ensemble. C’est aussi leur rôle de les guider dans les jeux selon leurs intérêts pour qu’ils développent leur jeu symbolique, créatif, social, etc. Les thérapeutes utilisent aussi les jouets que les enfants aiment pour les encourager à faire des demandes à l’aide du système PECS.

Chaque enfant a un enseignement par demi-journée en 1-1, qui dure environ 20 à 30 minutes. Plusieurs objectifs sont alors travaillés selon ses difficultés, comme la motricité fine, l’association, l’imitation, la communication, etc. Les renforcements (récompenses) alimentaires et tangibles (jouets, objets) sont privilégiés aux détriment des renforcements alimentaires qui ne sont utilisés que lors de la collation, en contexte naturel. En effet, la nourriture est un puissant renforçateur qui permet aux enfants de faire des demandes de plus en plus complexes suivant les étapes du PECS, qui vont de l’échange d’image à la demande verbale sous forme de phrase. L’enfant a ensuite plusieurs passages en salle de travail seul, ou il effectue des tâches qu’il a apprises en enseignement, Le reste du temps, il passe du temps dans la salle de jeux avec ses pairs et va en collation une fois par demi-journée.

Activités

Durant la première semaine, j’ai observé le fonctionnement du centre et je me suis vite attachée aux enfants. J’ai appris à repérer chez chacun leurs intérêts, leurs difficultés, leurs forces et leurs comportements problématiques. J’ai essayé de nombreux jeux pour stimuler leur curiosité et leurs habiletés. J’ai pu ensuite commencer à enseigner aux enfants, deux à trois fois par jour ou à m’occupais des travaux autonomes, ou des collations. J’ai eu l’occasion de faire des activités manuelles avec les enfants, comme de la peinture, du collage ou des activités sensorielles. Nous avons décoré des citrouilles d’Halloween, ce qui en a intéressé plus d’un.

La musique et les comptines sont également des intérêts très développés chez la plupart des enfants avec un TSA, et qui s’avère être un bon support pour développer le langage et les jeux sociaux. En effet, le chant et les activités plus physiques comme la balançoire et la trampoline (qui se pratiquent à l’occasion dans le gym) sont autant d’occasions de communiquer avec l’enfant et de lui montrer qu’il est agréable de jouer avec l’adulte ainsi que ses pairs, selon les principes du modèle de Denver (ESDM). J’ai fréquemment fait des activités de jeu social dans le but de leur apprendre à faire le signe « encore » pour instaurer une communication avec l’adulte, car le langage des signes est aussi utilisé pour soutenir la communication. J’ai trouvé cette pratique très intéressante et c’était émouvant de voir les enfants faire le signe pour la première fois, représentant une forme de communication dirigée vers quelqu’un en dehors d’un besoin primaire qu’est la nourriture. J’ai aussi créé des activités spécifiques pour les besoins de chacun ou adapté des jeux de société pour les rendre plus évidents, ce qui m’a permis de faire des jeux structurés avec eux de manière individuelle.

Tout cela m’a fait constater que d’autres pistes étaient envisageable pour aider les enfants ayant un TSA, en dehors de l’intervention comportementale intensive (ICI) qui est mise en avant dans cette formation. Ainsi, le Programme Caribou est une alternative insistant plus sur la communication et la socialisation que sur les apprentissages scolaires.

Finalement, j’ai beaucoup apprécié les valeurs de ce centre et la mixité dans les méthodes, permettant de s’adapter individuellement à chaque enfant. Selon moi, cela se rapproche de l’intervention idéale pour les enfants autistes, avec un mélange de structure et de flexibilité, d’enseignement et de jeu, d’individuel et de collectif… Mais ce que je préfère dans ce type d’intervention, c’est l’importance des apprentissages en contextes naturel et du jeu qui semblent apporter beaucoup de motivation et de plaisir aux enfants. Cela leur assure un développement progressif tout en respectant leur propre rythme, étant donné que leurs intérêts sont pris en compte. En effet, il y a un côté merveilleux à les voir arriver le matin un par un avec leurs tuques et leurs pantalons d’hivers, leurs grands sourires, leurs câlins et leur entrain à commencer la journée en jouant. On se dit qu’on est chanceux de travailler au quotidien avec une clientèle aussi attachante que les enfants autistes.

Monalisa Didier

http://autismecaribou.com/fr/

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