De la « yogathérapie » pour les enfants à défis

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Nombreux sont les enfants qui vivent avec des difficultés d’adaptation touchant leur fonctionnement au quotidien. L’autisme, les troubles d’apprentissage et du développement, les troubles du langage ou encore le TDA/H sont autant de conditions qui peuvent altérer non seulement la réussite scolaire mais aussi et les interactions sociales, l’estime de soi, la gestion des émotions et les comportements, pouvant créer une certaine détresse émotionnelle. Si les thérapies classiques permettent d’améliorer le fonctionnement social et académique, rares sont celles qui se penchent avant tout sur le bien-être intégral de l’enfant. De plus, le savoir pointu des professionnels peut parfois donner aux parents un sentiment d’impuissance face à l’éducation de leur enfant, alors qu’ils en sont les principaux acteurs, assistant à leur difficultés de la vie de tous les jours (anxiété, alimentation, sommeil, etc). Beaucoup de parents se tournent alors vers la médication, qui peut avoir des effets secondaires importants.

Une solution alternative serait d’agir directement sur ces dérèglement avant d’entreprendre une thérapie de « réadaptation » à la société, en offrant aux parents et aux enseignants des outils simples et naturels comme le yoga. Plusieurs études ont déjà exploré les effets positifs de la pratique du yoga sur les troubles tels que l’anxiété, l’apprentissage scolaire, la perception du monde et de soi-même, le degré d’empathie, le niveau d’énergie et la personnalité. On peut aussi observer une diminution des signes de névrose et de fatigue mentale, ainsi qu’une augmentation du quotient intellectuel et de la mémoire grâce au yoga. Voyons ainsi ce qui est rapporté concernant les enfants à besoin particuliers.

Le yoga prénatal pour prévenir les troubles du développement

Tout d’abord, le yoga prénatal peut prévenir certains troubles du développement en agissant directement sur le bien-être du foetus. La grossesse est une période de profondes transformations et peut donc affecter la santé mentale maternelle en l’absence de moyens adéquats de régulation émotionnelle. Or, plusieurs études révèlent que le stress, l’anxiété et la dépression maternelle prédisent certains troubles du développement en produisant des modifications physiologiques lors du développement du fœtus. En effet, certaines recherches démontrent que les mères ayant été exposées à une tempête majeure durant leur grossesse avait trois fois plus de chances d’avoir un enfant autiste. Le stress maternel créeraient une vasoconstriction limitant la circulation sanguine dans le placenta et donc l’apport en nutriment et en oxygène au fœtus. Cela induirait également une hausse du taux de cortisol (hormone du stress), transmis via le placenta, qui pourraient provoquer des symptômes de TDAH ainsi que plus d’agressivité chez l’enfant. Quant à la dépression prénatale, une problématique malheureusement sous-estimé, elle est associée à une moins bonne réceptivité aux stimulations et à une irritabilité plus importante chez les bébés. Ainsi, l’ensemble de ces troubles pourraient entraîner dès 14 mois des troubles d’apprentissage, d’attention, de comportement, d’anxiété, de dépression, de sommeil, d’alimentation et même entraîner des psychopathologies chez l’enfant autour de 10 ans. Une bonne gestion des émotions durant la grossesse pourrait donc réduire le risque d’apparition de troubles du développement chez l’enfant, et cela grâce à la pratique du yoga prénatal.

En effet, selon une étude en Californie, la pratique du yoga durant la grossesse permettrait une diminution du stress et l’augmentation des affects positifs, se traduisant par une chute du taux de cortisol. Ainsi, une expérience auprès de 96 femmes démontre une réduction significative de l’anxiété (-15,65%) et de la dépression (-29,12%) chez les femmes du groupe expérimental, contre une augmentation dans le groupe contrôle (+1,69%). Le yoga aurait aussi des effets sur l’optimisme, le sentiment de pouvoir et de bien-être, créant donc les conditions nécessaires au bon développement du bébé, en plus de préparer le parent à son arrivée. De plus, un nombre croissant de données scientifiques rapportent les effets de l’exposition aux toxines environnementales durant la grossesse sur les troubles du développement chez l’enfant. Or, le yoga va de pair avec un mode de vie sain, respectueux du corps et de l’environnement, qui permet d’éviter au minimum ce type d’exposition. En aidant à lutter contre la dépression et la douleur, il pourrait également se substituer à la prise de certaine médicaments durant la grossesse comportant des risques d’autisme pour le bébé (notamment le paracétamol et certains antidépresseurs).

Le yoga pour enfants à défis particuliers

Le yoga peut être un précieux outil de régulation pour les enfants ayant des défis particuliers. Une expérience a révélé que sa pratique chez des enfants avec un TDAH permettait une réduction significative des symptômes dérangeants comme le manque d’attention, la difficulté de poursuivre une tâche demandant de l’effort et l’impulsivité. Les symptômes du spectre de l’autisme chez des enfants de 7 à 12 ans ayant un QI de plus de 80 ont également diminué de 7.54% grâce à la pratique du yoga contre 0.79% en situation régulière dans les domaines suivants : socialisation, cognitif, sensoriel, santé et comportement. Selon les chercheurs, le yoga en groupe serait intéressant pour développer les habiletés sociales, en améliorant le contact visuel et l’imitation. Cela permettrait aussi de renforcer la conscience du corps grâce aux postures physiques ainsi que d’améliorer la santé (notamment les troubles gastro-intestinaux) grâce à l’action sur le système parasympathique. Le yoga a aussi été déclaré efficace comme thérapie d’intégration sensorielle pour la gestion de l’excès de stimuli et pour améliorer la santé mentale des enfants grandissant avec un TSA. Pour finir, le yoga auprès des mères d’enfants autistes semble être une approche efficace contre le stress, qui permet une meilleure gestion de l’enfant.

Il serait donc profitable à ces enfants que le yoga fasse partie de leur routine et qu’il soit intégré dans les écoles. En effet, les résultats obtenus dans le contexte scolaire rapportent une augmentation de l’attention et des capacités d’adaptation ainsi qu’une diminution des symptômes dépressifs et des problèmes comportementaux. Tout cela suggère que le yoga pourrait être une intervention thérapeutique efficace chez les enfants ayant des besoins spéciaux.

Mécanismes physiologiques du yoga

Il existe une méthodologie particulière pour adapter le yoga aux défis des enfants. En effet, suivant leur niveau d’attention et d’énergie, la pratique devrait demeurer stimulante, encadrante et imagée. Cependant, la dimension méditative dans le yoga devrait toujours être présente afin qu’ils en puisent tous les bienfaits. En effet, la concentration sur le corps et la respiration permet de détourner l’attention des pensées, émotions et sensations physiques parasitantes qui sont associées à de la détresse. C’est également un moyen d’accepter les différentes expériences vécues, qu’elles soient agréables ou non, sans chercher à poursuivre les bonnes ni éviter les mauvaises, ce qui aiderait à accepter les émotions. De plus, la méditation améliore également le contrôle des émotions, des pensées et des sensations corporelles et donc la gestion de soi, des qualités favorisant le bien-être des enfants à défis.

De plus, le yoga a de nombreux bienfaits sur l’organisme qui se répercutant au niveau mental : équilibre entre les deux hémisphères du cerveau, conscience du corps dans l’espace, flexibilité et équilibre corporel. La stimulation du nerf vague permet en effet de réguler de nombreuses fonctions végétatives dans le corps comme le système endocrinien, la digestion, le rythme cardiaque ainsi que la gestion du stress. Pratiquer le yoga trois fois par semaine au lieu de marcher aurait ainsi un effet positif sur l’humeur et l’anxiété, se traduisant par une augmentation de l’activité des récepteurs GABA impliqués dans les mécanismes de la détente. La méditation entraîne également des modifications dans certaines parties anatomique du cerveau, notamment celles qui sont impliquée dans la réponse affective à la douleur, ainsi que celles l’empathie et la compassion. Elle permet aussi de diminuer l’activité de l’amygdale en réponse à des stimuli affectifs et ainsi de diminuer le stress.

Tous ces mécanismes indiquent que de réels changements physiologiques se produisent dans le corps lorsqu’on pratique le yoga et la méditation, ce qui explique leurs bienfaits sur les femmes enceintes et les enfants. Cependant, un rapide détour par la tradition indienne du yoga est nécessaire pour comprendre l’essence de son pouvoir d’action dans une perspective plus holistique de l’être humain.

Conception holistique du yoga

Le yoga signifie jonction, union en langue sanskrite; il permet d’unir l’individu, d’harmoniser son être tout entier en traitant chaque partie de son corps, de la plus matérielle à la plus subtile, du corps à l’esprit. Le yoga est la toute première méthode holistique que l’occident ait connue, amenée à la fin du XIXème siècle en occident par Swami Vivekananda. Ses principes auraient été véhiculés originairement par Patanjali, un sage ayant vécu probablement quelques centaines d’années avant Jésus Christ. Dans cette discipline, l’être humain perçu comme un être complexe dont les différentes parties sont en constante interaction. La maladie équivaut à une rupture de l’équilibre général de l’organisme et donc à une perturbation de ses interactions; lorsqu’un désordre émotionnel survient, il peut avoir des répercussions sur le corps, et inversement. Alors que les thérapies occidentales se concentrent directement sur le symptôme, les approches holistiques agissent sur ses causes, qui dépendent étroitement de la santé globale de l’individu. Or, les facteurs modulant celle-ci dépassent largement la dimension organique et génétique, en reposant également sur l’environnement de l’individu qui influence activement l’expression de ses gènes (alimentation, activité physique, facteurs de stress, etc.).

Selon la philosophie du yoga, la pratique des asanas (postures) permet de libérer l’organisme des obstacles qui empêchent l’énergie de circuler librement. Lorsque la dimension du corps physique est « guérie », le corps énergétique peut à son tour mieux fonctionner, c’est alors que les corps émotionnels et mentaux peuvent eux-aussi s’équilibrer, et ainsi de suite. Les postures physiques favorisent la santé du corps en assurant une bonne circulation sanguine et donc un apport en oxygènes aux cellules ainsi que la libération des toxines. Un des objectifs de base des asanas est de maintenir la colonne vertébrale souple, permettant une meilleure circulation de l’énergie dans le système nerveux ainsi que la libération des tensions physiques et émotionnelle. La dimension énergétique de l’individu s’équilibre quant à elle grâce au contrôle de la respiration, faisant circuler l’énergie vitale dans le corps, celle-ci ayant une action sur la motivation, la capacité à bouger, à penser, à se détendre, etc. L’équilibre physique et énergétique ont donc une action sur la santé psychologique. Si son harmonie est troublée, des troubles peuvent apparaître, comme l’anxiété, la dépression, la colère, l’attachement excessif, etc.

Selon Patanjali, le yoga nous apprend à ne pas disperser notre énergie par l’expression excessive des émotions. Notre énergie se dirige systématiquement à l’endroit où nous portons notre attention, il est donc nécessaire de l’utiliser à des fins positives. Le « retrait des sens » exercé dans le yoga éloigne le mental des agitations aussi bien intérieures qu’extérieures, sources de souffrance psychologiques : les pensées, émotions et paroles négatives, les relations nocives, la nourriture de mauvaise qualité, les toxines environnementales, etc. Il permet ainsi de contrôler ses impulsions envers ce qui est néfaste pour la santé physique et psychologique. Ce type de retrait est particulièrement important à une époque où la stimulation sensorielle est présente en quantité excessive (publicité, télévision, internet, tablettes, etc.), étant donné les effets négatifs des écrans sur le développement intellectuel des enfants. Le yoga peut ainsi aider l’enfant à se détacher de ses impressions physiques, c’est pourquoi il peut être utiles aux enfants autistes vivant de l’hypersensibilité. Le yoga peut ainsi devenir outil pour transformer ses difficultés en forces. Il a également une dimension spirituelle, en menant à une union à son véritable Soi, c’est à dire à mieux se connaître et s’accepter en renforçant son amour pour Soi, mais aussi envers les autres. C’est en cela que sa pratique quotidienne est nécessaire à l’éducation des enfants qui construiront le monde de demain avec plus de joie et d’altruisme.

Le yoga semble donc être une pratique efficace pour prévenir les troubles du développement ainsi que pour améliorer la qualité de vie des enfants à défis particuliers. Il agit sur les sources de déséquilibres physiques et mentaux, considère l’individu de façon intégrale et en interaction avec son environnement. Sa pratique repose sur un savoir très ancien et ses mécanismes d’actions sur l’être humain peuvent s’expliquer de manière scientifique, ce qui lui donne sa place dans les milieux de garde, les écoles, les familles et les lieux thérapeutiques, lorsqu’elle est adaptée aux besoins de l’enfant. Cela ne pourra que lui apporter plus de bien-être dans des sphères que la thérapie classique peine à atteindre, et cela sans effets secondaires.

Monalisa Didier

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